La moufle

C’était l’hiver, le terrible hiver russe. Les arbres, les champs et les maisons étaient blancs de neige, les rivières, les lacs et mares étaient gelés.

Il y avait un brave paysan qui n’avait plus rien pour chauffer la maison. Il n’avait plus de bois et sa cheminée risquait de s’éteindre. Sa femme commença à se plaindre du froid. Le paysan enfila ses moufles, prit sa hache et partit dans la forêt couper du bois.

Le chemin était enneigé et sous la neige, le sol était gelé.
Le paysan glissa une fois, se rattrapa, glissa une autre fois et fit de grands moulinets du bras pour retrouver son équilibre.
Sa moufle droite accrocha une branche, glissa de sa main et tomba par terre. Le paysan qui était bien content de ne pas être tombé, reprit sa marche sans s’inquiéter de rien.
La moufle resta, posée à plat au bord du chemin.

Un petit oiseau passait par là, tout transi.
Il découvrit la moufle, l’examina, vit qu’elle était épaisse et douce à l’intérieur.
Il se dit que cela lui ferait une maison bien agréable pour l’hiver.

Puis, vint un petit hérisson grelottant.
Il jeta un coup d’oeil à la moufle et s’aperçut qu’il y avait quelqu’un dedans.
– Eh ! qui est là ! dans la moufle ?
– Un petit oiseau qui a froid. Et toi, qui es-tu ?
– Un petit hérisson tout gelé. Laisse moi me mettre à l’abri.
– Là où il y a de la place pour un, il y en a pour deux. Viens me rejoindre.

Là-dessus, passa un lapin qui tremblait de tous ses membres.
Le lapin aperçu la moufle, vit qu’elle était habitée et demanda à son tour :
– Oh ! qui est là, dans la moufle ?
– Un petit oiseau et un petit hérisson qui avaient froid. Et toi, qui es-tu ?
– Un pauvre lapin tout gelé. Laissez-moi me mettre à l’abri.
– Là où il y en a pour deux, il y en a pour trois. Viens nous rejoindre.

Ils étaient un peu à l’étroit, tous les trois serrés dans la moufle.
Mais, ils se tenaient bien chaud.

C’est alors que survint un raton laveur mort de froid.
Lui aussi vit la moufle toute gonflée.
– J’aimerais bien savoir s’il y a quelqu’un dans cette moufle ? Fit-il de sa voix doucereuse.
– Juste un petit oiseau, un petit hérisson et un pauvre lapin qui avaient froid. Et toi, qui es-tu ?
– Un pauvre raton laveur tout gelé. Laissez-moi entrer.
– Raton laveur, raton laveur, à quoi penses-tu . Jamais tu n’entreras, nous sommes déjà à l’étroit ici.
– Bon, essaie toujours !

Et le raton laveur se glissa dans la moufle. Le tissu commençait à se tendre.

Une grande ombre se glissa entre les arbres, la neige crissa [bruitage pas dans la neige] sous des pas diablement lourds. Un ours avançait dans la forêt. Il vit la moufle, comprit qu’elle était habitée et demanda :
– Eh là, il y a du monde dans cette moufle ?
– Un petit oiseau, un petit hérisson, un lapin et un raton laveur transis. Et toi, qui es-tu ?
– Un ours brun tout gelé. Laissez-moi entrer.
– Ours, ours, toi qui est dix fois plus gros qu’un raton laveur, vingt fois plus gros qu’un lapin, tu voudrais trouver une place dans notre moufle ? Une moufle où il y a déjà un petit oiseau, un petit hérisson, un lapin et un raton laveur !
– Les amis, je suis seul dans la forêt, je n’ai même pas de caverne ni de terrier où me cacher et le gel me ronge les os. Ayez pitié de moi !

Le petit oiseau, le petit hérisson, le lapin et le raton laveur se consultèrent. Ils avaient bien envie de faire un peu de place à l’ours mais ils se demandaient si la moufle résisterait.

– Tant pis, fit l’oiseau. Nous verrons bien.
Vas-y ours, nous allons nous serrer autant que nous pourrons et toi, essaie de te faire tout petit !

L’ours replia ses pattes, courba le dos, rentra la tête dans les épaules et se faufila il put dans la moufle.
De terribles craquements retentirent, les fils des coutures se tendirent… et d’un coup, la moufle éclata projetant les animaux dans la neige glaciale.

Le petit oiseau, le petit hérisson, le lapin, le raton laveur et l’ours se secouèrent et partirent chacun de leur côté à la recherche d’un nouvel abri.