La cité de Limes

Connaissez-vous la Cité de Limes ?
Beaucoup de gens en parlent… mais peu de personnes ont parcouru son vaste territoire. C’est une grande ville dont la forme rappelle un triangle. D’un côté, elle est protégée par la mer, de l’autre par un vallon et dans la partie la plus étroite, par une haute colline.

La cité de Limes était le domaine des fées. Pendant les nuits de pleine lune, elles venaient danser des rondes légères. Et les soirs de tempêtes, quand les vagues furieuses frappaient à grands coups, on les voyait se pencher au dessus de la mer. On entendait leurs voix dans le sifflement du vent. Elles chantaient dans la colère des flots.

Il était un jour ou toutes les fées de normandie se donnaient rendez-vous à la cité de Limes. Non ! pas un jour : une nuit. La nuit dont je parle, était la plus courte de l’année, la plus belle, la plus embaumée, la plus lumineuse. C’était la nuit de la Saint Jean.
Alors c’était la grande assemblée, la feria des fées. Elles étaient là, toutes réunies pour la grande foire de Limes : les fées des landes avec leurs robes de fleurs et de poussières d’or, les fées des forêts, leurs longs cheveux tressés avec de merveilleuses feuilles lumineuses, les fées des mers aux coquillages nacrés, aux perles précieuses, les fées de l’air presque invisibles tournoyant en rondes si légères…

Cette foire… on en parlait depuis toujours dans toutes les maisons, dans la campagne jusqu’à Dieppe. On racontait que des marins, intrépides et sans peur, étaient allés à la cité des fées pendant cette courte nuit et qu’ils n’étaient jamais revenus. Ils avaient disparu pour toujours, peut être victimes de sortilèges féériques.

On raconte qu’un jour, il y a longtemps de cela, un jeune marin décida d’aller à la foire des fées. Il n’avait peur de rien. Depuis tout petit il avait vu tant de choses sur les mers du monde : de grandes tempêtes, des pays lointains, des hommes de couleurs, des monstres inconnus…
Ce normand avait souvent entendu raconter des histoires sur la foire aux fées de la cité de Limes. Il avait décidé d’y aller.

Sans rien dire à personne, quand la lune fut très haute dans le ciel étoilé, il traversa les champs, marcha dans la lande et pénétra dans la cité. A peine était-il entré qu’il vit la foule merveilleuse : toutes les jolies fées étaient là. Sous ses pas, l’herbe était douce, soyeuse, les fleurs respiraient un parfum délicieux, son corps semblait s’alléger à mesure qu’il avançait… N’importe quel homme regardant toutes ces merveilles aurait oublié qui il était et d’où il venait mais pas notre courageux marin.

Au cours de ses voyages il avait vu d’innombrables trésors mais rien ne semblait aussi extraordinaire que toutes les choses qu’il apercevait. Il demanda aux fées de le guider, de lui montrer les merveilles de la foire.

D’abord il y avait les armes qui rendaient invincible. Elles ne l’intéressaient pas, il était intrépide.
Puis les pierres précieuses aux pouvoirs magiques. Il en avait déjà vu au cours de ses voyages. Il continua…
Les fées lui montrèrent les écailles du serpent de mer qui protégeait les marins, les peaux de salamandre contre le feu, la corne de licorne qui guérissait tous les poisons. Il était courageux, en bonne santé, il n’en avait pas besoin.
Elles lui proposèrent des fleurs qui sifflaient, un arbre qui portait des fruits en or, des larmes de lutin porte bonheur, des parfums qui donnaient la jeunesse éternelle (“Tiens, ben j’en aurais bien besoin moi d’ces parfums là”). Il était jeune, cela ne l’intéressait pas.
Les fées lui donnèrent des plumes de l’oiseau de paradis qui permettaient de voler haut, très haut dans le ciel, du duvet léger de garouba qui rendait invisible. Cela non plus ne l’intéressait pas !
Alors les fées lui présentèrent, pour celle qu’il aimerait, leurs plus beaux habits : des robes scintillantes cousues avec de légers voiles, des écharpes arc en ciel, des ailes de papillons, des bijoux faits de perles de rosée. Non, il ne s’arrêta pas, il continua, il voulait voir quelque chose de plus extraordinaire, son coeur battait d’un désir plus fort…

Une fée s’avança au milieu de la foule et lui présenta l’objet le plus merveilleux de tous : le miroir magique dans lequel il verrait la femme qu’il aimera et avec qui il vivra heureux pour toujours.
Il regarda… vit un grand brouillard qui bougeait à la surface du miroir, puis le brouillard s’éclaircit et une silhouette apparut, gracieuse, ondulante, ensuite de longs cheveux argentés et des yeux bleu-vert, pétillants, envoûtant. C’était… la reine des fées !

Alors, un grand mouvement se produisit, comme au passage du vent dans un champs de lin, toutes les fées s’écartèrent pour laisser passer le jeune homme vers sa bien-aimée. Arrivé devant la reine des fées, il tendit la main pour l’aider à descendre de son trône, et tous deux dans la joie de cette nuit de la Saint Jean s’en allèrent vers la mer.